Choisir sa crème solaire : protéger sa peau et respecter les océans

Choisir sa crème solaire : protéger sa peau et respecter les océans

Aujourd’hui, on va parlé d’un sujet qui me tient à cœur : comment choisir sa crème solaire pour allier protection et respect des océans. J’ai du sang breton dans les veines, alors les grandes flaques d’eau salées, j’y tiens vachement ! 😉

Depuis quelques années, les médecins et les dermatologues nous alertent, à juste titre, sur les méfaits d’une exposition prolongée au soleil. Les médias en remettent une couche tous les étés : il faut se protéger du soleil (sinon on va tous fondre comme le méchant à la fin de Roger Rabbit)(comment ça non?) ! Plus sérieusement, une trop longue exposition aux rayonnements UV peut être à l’origine de cancers de la peau. Et en plus si l’on s’en tient à l’aspect purement esthétique, les UV sont responsables à 80% du vieillissement cutané : les rides, les tâches, tout ça tout ça ! Nous avons tous un « capital soleil », qu’il faut préserver du mieux possible.

Pour se protéger des dangers liés aux rayonnements UV en été, le premier reflexe consiste bien souvent à se tartiner de crème solaire avec un indice de protection élevé (minimum 30) avant d’aller plonger dans l’eau pour se rafraichir. Chaque année, 25 000 tonnes de crèmes solaires sont ainsi déversées en mer et dégradent les écosystèmes ! En effet, ces produits sont loin d’être inoffensifs d’un point de vue environnemental. Le tourisme côtier étant toujours en augmentation, la situation ne va pas aller en s’améliorant à moins que l’on change notre consommation et que l’on choisisse mieux nos produits. Malheureusement, beaucoup de gens ignorent encore l’impact des produits solaires sur les océans (ceux qui s’en foutent, je ne peux plus rien pour eux) ou sont simplement perdus parmi l’offre existante : nature des filtres, bio ou pas, nanoparticules, … Dans cet article, je vous propose de faire le point sur tout ça.

Comme toujours, j’ai essayée d’être la plus objective possible. Cependant des données ont pu m’échappées et si vous avez des informations supplémentaires à partager, c’est dans les commentaires que ça se passe !

Quel type de crème solaire choisir : filtre chimique ou filtre minéral ?

Plutôt que de vous écrire une longue tartine (de crème donc), voici un tableau qui résume les mécanismes, avantages et inconvénients de chaque type de protection solaire.

Filtre chimique Filtre minéral
Mécanisme Les molécules utilisées absorbent les rayons UV et restituent l’énergie emmagasinée sous forme de chaleur – Filtre physique à base de poudres inertes opaques (mica, talc, oxyde de zinc, dioxyde de titane…)

– Création d’une barrière qui reflète et diffuse les UVA et les UVB

Avantages – Délai de 30 minutes avant d’agir

– Pénètre la peau

– Transparents

– S’étale facilement

– Efficace dès l’application

– Ne pénètre pas la peau

 

Inconvénients – Certaines substances sont suspectées d’être des perturbateurs endocriniens

– Non biodégradables

– Toxique pour les milieux aquatiques

– Peut causer des irritations et des allergies

– Les produits peuvent contenir des nanoparticules

– Peut laisser un film blanc

– Plus difficile à étaler

Les protections à base de filtres chimiques sont généralement plus agréables à utiliser mais sont aussi beaucoup plus dommageables pour l’environnement (#euphémisme). Certaines crèmes solaires associent les deux types de filtres pour maximiser l’effet protecteur. Le problème reste alors le même qu’avec les filtres chimiques seuls en ce qui concerne les milieux aquatiques comme on va le voir juste après.

Quel sont les impacts des filtres chimiques sur l’humain et les océans?

Parmi les études que j’ai pu trouver, les molécules servant de filtres chimiques les plus étudiées sont : la benzophénone-1, la benzophenone-2, la benzophénone-3 (BP-3 ou oxybenzone), le 4-methylbenzylidene camphor (4-MBC) ainsi que le dioxyde de titane (TiO2) et l’oxyde de zinc (ZnO) sous leur forme nanoparticulaires.

La benzophenone est une substance couramment utilisée en cosmétique comme filtre solaire et elle est aujourd’hui autorisée à hauteur de 10% dans les formules de soins. Ceci étant dit, la discussion sur cette substance est toujours en cours à la commission européenne car l’ANSM la déconseille pour un usage chez l’enfant et recommande de l’utiliser à 6% maximum pour les adultes. J’ai pu lire plusieurs fois que les filtres solaires chimiques en général sont également suspectés d’être des perturbateurs endocriniens.

Pour ce qui est des milieux marins, plusieurs dangers sont à noter. D’abord, les filtres chimiques sont directement liés à la mort des coraux en détruisant une algue vitale à leur développement. Une étude a montré qu’après seulement quelques heures d’exposition à certains composants dont la BP-3, le 4-MBC et des parabènes, les coraux commencent à blanchir et meurent ensuite rapidement. Et cela se produit même à des concentrations très faibles. Quand on sait qu’il suffit de 20 minutes de baignade pour que 25% des substances chimiques soient relarguées dans les océans, ça donne à réfléchir. Les chercheurs estiment qu’environ 10% des récifs coralliens mondiaux sont menacés par les crèmes solaires et que plus de 50% d’entre eux sont en mauvaise santé (pour ça on peut dire merci à la pollution globale et au réchauffement climatique).

Pour aller plus loin sur l’importance des coraux, je vous conseille le site Coral Guardian.

Evidemment, les coraux ne sont pas les seuls menacés. Une autre étude a montré que les nanoparticules contenues dans les crèmes solaires produisent de l’eau oxygénée (H2O2) au contact de l’eau de mer. Problème : celle-ci affecte la croissance du phytoplancton, qui est à la base de la chaîne alimentaire des océans. C’est donc l’aliment principal de nombreux animaux marins et sa raréfaction les met directement en danger.

Je n’ai pas trouvé d’étude traitant de l’impact de tous ces composés sur les animaux marins directement mais je pense qu’il serait intéressant de se pencher sur la question.

En résumé, mieux vaut éviter les crèmes solaires contenant des filtres chimiques pour préserver notre santé ainsi que notre jolie planète. Ce qui tombe plutôt bien, c’est que des alternatives saines existent.

Comment protéger sa peau du soleil et préserver les océans ?

Pour commencer, on en revient au conseil basique, celui que l’on donne toujours en premier : éviter de s’exposer au soleil aux heures les plus chaudes entre midi et 16h. Donc on ne se tartine pas de monoï avant d’aller s’allonger sur le sable blanc à midi en plein cagnard (personnellement je ne peux pas, je cuis littéralement). Votre peau vous dira merci. 😉 Dans la même veine d’idées, on s’installe à l’ombre quand c’est possible.

Pour les enfants, pensez à les couvrir, tout simplement. Ce sera toujours plus efficace qu’une crème en termes de protection solaire. Et pour tout le monde, pourquoi ne pas investir dans un chapeau anti-UV ?

Finalement, la crème solaire ne devrait être dégainée qu’en dernier recours. Personnellement j’en met toujours au moins sur mon visage, en plus d’appliquer les conseils cités plus haut. J’ai la peau déjà très abimée suite à une année où je ne me suis pas protégée du tout : une belle zone de brulure autour du nez qui ne partira jamais complétement et qui reste toute rouge toute l’année. On choisit donc une protection solaire UVA et UVB avec un filtre minéral et si possible certifiée sans dangers pour les milieux marins. Alors oui, ça sera sans doute un peu moins facile à étaler, mais je crois vraiment que nos océans méritent bien ce petit effort. En plus, ces dernières années les marques, notamment bio, ont fait beaucoup de progrès et les textures sont de plus en plus agréables à l’utilisation.

A la maison, on en a déjà testée quelques-unes :

  • l’huile solaire d’acorelle : que j’aimais bien mais elle laisse des traces jaunes sur les vêtements clairs,
  • La marque propose aussi un spray solaire et je pense que je vais le tester cette année.
  • les crèmes EQ : qui ne me vont pas du tout à cause de leur fond rosé (j’ai la peau jaune^^).

Il y en a évidemment d’autres, par exemple :

Sur Facebook, on m’a également conseillé en commentaire la crème Alphanova Sun SPF 50 kids (sea & reef safe, bio) et on m’a promis qu’elle s’applique facilement sans laisser de grosses traces.

La plupart de ces marques sont vendues sur internet ou en magasin bio. On trouve des sticks, des laits corporels, des sprays… Un peu de tout en termes de texture et de mode d’application donc. Le mieux est de les tester en magasin pour s’assurer que l’application est facile et nous convient.

Avène, qui est une marque conventionnelle, met également en avant des compositions respectueuses des océans sur son site. Attention cependant, cela concerne uniquement leur gamme de produits pour les peaux sensibles ! On les trouve en pharmacie et parapharmacie.

Cette année, j’ai commandé deux produits de chez UV Bio qui sont aussi véganes et non testés sur les animaux, deux critères que je prends en compte également. J’espère qu’ils seront biens, surtout le gel solaire pour le visage. Edit : le gel solaire est pas mal mais le lait solaire ressemble à du plâtre ! N’y allez pas. XD

Quelques soit la crème choisie, il faut en appliquer toutes les deux heures, durée maximum d’efficacité des filtres solaires et après chaque baignade. Il faut également en changer chaque année, sous peine de ne plus avoir une protection suffisante. Les crèmes solaires périment !

Et vous, quelle protection solaire allez-vous adopter cet été ? Connaissiez-vous les effets des filtres chimiques sur les océans ?

Liste (non-exhaustive) des ingrédients problématiques :

  • Benzophénone (BP-2, BP-1, BP-3 ou oxybenzone)
  • 4-méthylbenzylidène camphre (4-MBC) (et les autres dérivés du camphre)
  • 3-benzylidène camphre (3-BC),
  • Méthoxycinnamate d’éthylhexyle
  • Octyl-méthoxycinnamate (OMC)
  • Octocrylène (OC)
  • Acide para-aminobenzoïque (PABA)
  • Padimate O, Octyl salicylate
  • Cinnamate

Bibliographie :

Malheureusement, la plupart des ressources scientifiques sont en anglais. Vous trouverez néanmoins des articles généraux sur les grands sites de médias Français.

Antonio Tovar-Sánchez. Sunscreen Products as Emerging Pollutants to Coastal Waters. Plos. 2013

A. Downs. Toxicological effects of the sunscreen UV filter, benzophenone-2, on planulae and in vitro cells of the coral, Stylophora pistillata. Ecotoxicology. Mars 2013, Volume 23, numéro 2, pp 175-191.

A. Downs. Toxicopathological Effects of the Sunscreen UV Filter, Oxybenzone (Benzophenone-3), on Coral Planulae and Cultured Primary Cells and Its Environmental Contamination in Hawaii and the U.S. Virgin Islands. Environmental Contamination and Toxicology. Février 2016, volume 70, numéro 2, pp 265 – 288.

David Sánchez-Quiles, Antonio Tovar-Sánchez. Sunscreens as a Source of Hydrogen Peroxide Production in Coastal Waters. Environmental science and technology, 2014, volume 48, numéro 16, pp 9037–9042.

John Tibbetts. Bleached, But Not by the Sun: Sunscreen Linked to Coral Damage. Environ Health Perspect. 2008, avril, volume 116, numéro 4, A173.

MINISTERE DE L’ECOLOGIE, DU DEVELOPPEMENT DURABLE ET DE L’ENERGIE. Juin 2014. Rapport au parlement relatif aux perturbateurs endocriniens. [En ligne] Disponible sur : http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/PE-Rapport-Parlement-Loi-2412012.pdf (consulté le 18 mai 2016)

GREEN CROSS. 9 février 2015. Crèmes solaires, perturbateurs endocriniens, santé humaine et impact sur les récifs coralliens. [En ligne] Disponible sur : http://gcft.fr/wp-content/uploads/2015/06/Synthèse_crèmessolaires_20150527.pdf (consulté le 18 mai 2016)