Coup de cœur littéraire : L’Espace d’un An de Becky Chambers

Je ne savais pas trop quoi lire. Je venais de terminer ma phase « pirates » et je voulais refaire le monde, encore une fois. En parcourant les étagères de ma librairie favorite, je suis tombé sur ce livre : L’espace d’un An, de Becky Chambers (édition Atalante). Que dis-je : cette merveille ! Mais ça, je ne le savais pas encore… Et j’étais loin de m’y attendre !

Je n’ai jamais été fan des histoires qui se déroulent dans l’espace. Je préfère celles qui sont plus proches du réel. Oui bon, je sais, les zombies c’est pas vraiment réel… Mais c’est parce que vous ne m’avez jamais vu un lundi matin avant mon café, sinon, vous vous trimbaleriez toujours avec une batte de baseball à la ceinture ! Bref, passons. Après avoir fini ma lecture, ce monde-là, ces personnes-là, je ne voulais pas les quitter… Au point que j’ai traîné un peu pour finir les quelques pages qui me restaient. Non pas que ça traînait en longueur, mais je ne voulais vraiment pas que cela se termine.

Espace d'un an

Quatrième de couverture

Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang…
Les tribulations du Voyageur, parti pour un trajet d’un an jusqu’à une planète lointaine, composent la tapisserie chaleureuse d’une famille unie par des liens plus fondamentaux que le sang ou les lois : l’amour sous toutes ses formes.

Loin de nous offrir un space opera d’action et de batailles rangées, Becky Chambers signe un texte tout en humour et en tendresse subtile. Elle réussit le prodige de nous faire passer en permanence de l’exotisme à la sensation d’une familiarité saisissante.

L’Equipage

Rosemary est nouvelle à bord. Humaine, greffière spécialisée dans les relations inter-espèces, fraîchement sortie de l’école, elle va aider le capitaine à mettre un peu d’ordre dans ses rapports. Elle est novice dans les voyages spatiaux. Elle a grandi sur Mars mais semble vouloir fuir sa planète à tout prix. Nous découvrons avec elle ce vaste et riche univers.

Ashby, le capitaine du Voyageur, humain aussi, est né et a grandi dans l’espace. Lui et son équipage creusent des tunnels dans l’espace (worm hole) pour relier des points éloignés de l’espace.

Sissix est la pilote du Voyageur. Elle est Aandrisk, une espèce qui vit normalement en communauté, mais elle en a décidé autrement.

Kizzy, humaine, est la tech méca. Déjantée, elle est passionnée par ce qu’elle fait, et a soif d’en apprendre toujours plus, de vivre toujours plus.

Elle est cul et chemise avec Jenks, le tech info. Leur relation est celle qui m’a le plus touché. Il a un penchant pour les Intelligences Artificielles.

Docteur Miam est la papa du groupe. C’est un Grum.  Il est médecin et cuisinier (combo magique). Il prend soin des autres comme de ses propres enfants, et bien sûr, surveille leur alimentation.

Corbin, c’est … Corbin. Humain, grincheux by design, il est l’alguiste du groupe (les algues servent de carburant au vaisseau). Son métier en fait un solitaire, toujours dans son labo à surveiller les algues. Il a beaucoup de mal  avec les autres, en particulier avec Sissix, avec qui tout est prétexte à dispute !

Lovelace, Lovey est l’IA du vaisseaux. Elle est très proche de Jenks, et songe a se faire transférer dans un corps. Seul problème : cette opération est illégale au sein de l’union galactique…

Ohan sont le navigateur. Oui, « sont ». Ils sont sianates. Les sianates sont des paires : un individu infecté par un virus, quelques années après sa naissance. Le virus en question leur donne la capacité extraordinaire de comprendre l’univers. Rien que ça. Et cette capacité aide les tunneliers comme le Voyageur à naviguer pendant les opérations de perçage.

Nos héros sont envoyés en mission dans un espace lointain par l’UG pour percer un tunnel vers le territoire d’un peuple, avec qui ils viennent de signer un traité. Mais voilà, un voyage d’un an les sépare de leur destination finale. Cela nous donne le temps, comme Rosemary, de découvrir plus en détails ses nouveaux collègues et amis.

Espace d'un an 2

Mon avis sur le livre : une leçon de tolérance

Comme je le disais, je ne suis généralement pas fan de science-fiction. La raison principale pour ça, est que j’ai énormément de mal à lire des noms d’objets sans être capable de tout de suite me représenter à quoi ça ressemble et à quoi ça sert. Je me rappelle avoir commencé la saga Hyperion de Dan Simmons … J’ai voulu jeter le livre sous le métro tellement ça me donnait des mots de tête ! (Bon, je l’ai pas fait, parce que c’était sur ma liseuse … mais vous saisissez l’intention). Alors que dans L’Espace d’un An, c’est simple, limpide, pas besoin d’avoir fait math sup. On peut avoir bu un peu trop de mik, ou fumé du smash qu’on comprendait encore ! … … … Simple j’vous dis !

Cet univers n’est pas très éloigné du notre. Le capital le régit, sous couvert de politique (l’Union Galactique ou UG). Il faut travailler pour gagner sa vie. Les démarcations entre les classes sociales se font bien sentir. On y trouve beaucoup d’espèce « intells » différentes : Exodiens (humains), Aandriskes, Harmagiens, Rosks, Aéluons, Grums (espèce non-UG) (… et bien d’autres encore), chacune avec leurs spécificités physiques, leur culture, leur langage, leur religion, leur guerre… rien de bien différent qu’ici-bas finalement :-). Et dans cet espace infini, de plus en plus proche grâce aux technologies de transports améliorées, et de perçage interstratique (trop la classe !), se trouve notre équipage. Etoiles, j’ai de la nostalgie rien que de penser à eux ! J’ai adoré ces personnages. Chacun d’entre eux, même le plus antipathique. Leur histoire, leur être, leur façon d’appréhender l’autre… C’est une vraie famille dont on a envie de faire partie.

Une ambiance chaleureuse émane de ce groupe. Et ce n’est pas toujours évident, quand on se retrouve dans un espace confiné pendant une longue durée, avec des gens d’une autre culture que la sienne. D’une autre espèce même ! Avec des odeurs différentes ! … Et cette chaleur, cet amour, cette tolérance, qui nous rend attentif aux besoins d’autrui … Ça m’a réconforté. Dans une société favorisant toujours plus l’individualité, la performance, et toutes ces conneries, lire ces lignes m’a sincèrement fait du bien, et m’a aussi montré que j’avais beaucoup à apprendre.

À titre d’exemple, je ne comprenais pas pourquoi, en lisant des articles féministes, les autrices employaient des formes neutres pour désigner quelqu’un : illes, é-e-s à la fin des participes, etc. Je n’arrivais pas à saisir l’importance de la chose. Et puis, dans ce livre, j’ai lu la forme « Iel« , pour désigner une personne, dont le genre n’est pas connu en avance. Normal, quand on rencontre une espèce dont le genre ne peut pas être identifié facilement. Encore plus que un individu change de sexe en cours de route. Et là, c’était l’évidence même. Tout était clair. Dans ce monde comme dans le mien.

L’humain, cette jeune espèce

Je ne suis pas fan de l’espèce humaine. Surtout nous occidentaux. Nous sommes désespérés pour tout ce qui peut nous rendre la vie plus facile, pour pouvoir faire plus de chose, remplir notre emploi du temps, remplir notre maison d’objets, essayer d’y trouver notre self-estime que notre façon de vivre détruit dès le plus jeune âge. Et pour aller plus vite, on arrête de penser, on s’empresse de ranger les choses dans des cases, et surtout, on arrête de se remettre en cause. Le problème, c’est l’autre ! Ce n’est pas nous ! Ça ne peut pas être nous, sinon ça voudrait dire qu’il faudrait nous réparer nous-même. Et ça, c’est dur, et ça prend du temps. Nan, c’est plus simple si ça vient de l’autre. Nous, on ne peut pas se tromper. On détient la vérité…. Sauf que non. Nous détenons seulement notre vérité. Un ensemble d’idées cohérentes, qui n’est valable que pour nous, et elle s’arrête lors de la rencontre avec l’autre. C’est à nous de faire l’effort d’accueillir l’autre, ce qu’il est, et ce qu’il pense (et surtout, pourquoi il le pense), pour qu’on puisse vivre un peu mieux tous ensemble.

Lire ce livre m’a fait penser qu’on a encore beaucoup à faire, en tant qu’espèce, avant de pouvoir se prétendre évolué. Et je suis heureux de voir que de plus en plus, les gens se lèvent se révoltent, s’indignent des injustices qui leur sont faites à eux, mais aussi aux autres aussi. Il reste beaucoup à faire, oui, mais nous sommes en bon chemin. Du moins j’aime le croire.

Une réflexion au sujet de « Coup de cœur littéraire : L’Espace d’un An de Becky Chambers »

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