Belle-Ile-en-Mer : randonnée en solo sur le GR 340

Belle-Ile-en-Mer : randonnée en solo sur le GR 340

Depuis un moment déjà, l’idée de partir marcher seule me trottait dans la tête. Il faut croire que la lecture de Wild de Cheryl Strayed a eu un fort impact sur ma personne. Etant en couple depuis mes 18 ans, je n’étais jamais partie en voyage en solo. J’avais envie de me retrouver seule avec moi-même, et de tester la randonnée itinérante par la même occasion. Pour une première, je voulais éviter de partir trop loin de chez moi, et trouver un itinéraire qui me permettrait plein de plan B si besoin.  Comme j’aime énormément la Bretagne, Belle-Île-en-mer s’est imposée comme une évidence. Les îles de la Bretagne Sud m’attirent depuis un petit moment déjà. J’ai pour objectif de toutes les visiter !

Le tour de Belle-Île fait environ 85 km pour environ 1900 m de dénivelé, ou plus selon les variantes choisies. Généralement, l’itinéraire se découpe en quatre étapes, qui ne sont pas du tout équilibrées en termes de kilométrage et de dénivelé, car il n’y a que quatre possibilités d’hébergement sur l’île. Cela oblige à marcher de l’un à l’autre chaque jour. J’ai croisé un couple qui a marché 96 km, en faisant des boucles un peu différentes. Pour ma part, je suis restée sur les étapes classiques. Evidemment, si on choisi de bivouaquer, il est possible de s’arrêter plus ou moins quand on veut, et donc de faire des étapes plus courtes au besoin. Le bivouac est toléré en basse saison et interdit en haute saison, en raison du nombre important de touristes sur l’île. De toutes façons, vu mon état en fin de journée, autant vous dire que j’étais très contente d’arriver dans un camping. Pour seulement 7€ la nuit, je ne me serais pas privée d’une douche fraîche, histoire de me débarrasser de l’odeur de rat mort qui me collait à la peau depuis 10h du matin environ…

Je suis partie de Quiberon, pour des raisons pratiques : il y a plus de ferry qui en partent tours les jours. Depuis Nantes, j’ai pris un covoiturage pour aller jusqu’à Quiberon. De cette façon, j’économisais le prix du parking sur place, qui peut rapidement être très onéreux.

Pour les autres infos pratiques type poids de mon sac, matériel emporté, prix total, etc, je ferais un article dédié si le sujet vous intéresse.

Première journée : du Palais à Sauzon

Etape : 14 km, 300 m D+

Après 45 minutes de traversée en ferry, je suis arrivée au Palais à 14h, la randonnée pouvait commencer. La première étape est assez courte puisqu’elle fait environ 14 km, pour 300 m de dénivelé positif cumulé. J’ai mis 4h30 pour arriver à Sauzon, pauses comprises. Les premiers kilomètres ont été difficiles. J’ai dû m’habituer à porter 12 kg sur mon dos en marchant. C’est pas du tout la même chose que d’avoir juste de l’eau et son pique-nique du jour ! Mes hanches ont protesté un bon moment, mes pieds aussi d’ailleurs. A bout d’un moment, on s’y fait ceci dit. C’est ce que tout le monde m’avait dit, et c’est vrai. Le corps s’adapte. Le deuxième jour, j’oubliais déjà mon sac.

Au départ, le GR passe dans la citadelle Vauban avant de rejoindre la côte. Ensuite, le chemin suit le littoral, traverse des forêts de pins ainsi que plein de petites criques à l’eau turquoise. Les paysages sont très beaux et, vu la chaleur de la journée, je n’ai pas résisté à l’envie d’aller me baigner en fin d’après-midi. J’ai profité d’une plage sans personne pour enfiler mon maillot de bain et sauter dans l’eau fraîche. Le bonheur. En revanche, les deux derniers kilomètres m’ont paru infinis. L’anse juste avant Sauzon est très profonde. Il faut donc faire un long détour avant d’entrer dans le village. C’est un peu frustrant étant donné que Sauzon est bien visible tout le long ! Point positif, le camping se trouve juste en bordure de GR, pas besoin de marcher deux bornes de plus pour y arriver.

Le long du chemin, j’ai croisé Laurent, que j’avais vu sur le ferry pendant la traversée. Les gens qui porte de grosses chaussures de rando et leur maison sur le dos se repère facilement étonnamment. On a échangé cinq minutes en marchant avant de décider de se retrouver au camping plus tard pour avancer chacun à notre rythme. Nous avons donc passé une partie de la soirée ensemble à papoter, pester contre la longueur de l’anse de Sauzon, boire du perrier (pour moi) et de la bière (pour lui). Une très bonne première soirée en somme.

1 - en chemin vers Sauzon 21 - en chemin vers Sauzon 1

1- Baignade à Port Blanc 3

1 - Vue sur Sauzon

 

Deuxième journée : de Sauzon à Bangor

Etape : 30,5 km, 600 m D+

J’appréhendais un peu les nuits en tente, surtout que la mienne est particulièrement petite, puisque c’est une tente de bivouac. L’avantage c’est qu’elle est légère. L’inconvénient c’est qu’on y entre « en escalope » et qu’on peut difficilement bouger à l’intérieur. Les autres randonneurs m’ont quand même surnommée « la fille à la tente sarcophage » ! Finalement la première nuit s’est très bien passée, et les suivantes aussi d’ailleurs. Le matin, j’étais debout vers 6h30, pour partir environ 1h plus tard, le temps de remballer les affaires, de me brosser les dents et de manger mon super porridge froid pas très bon.

L’étape qui relie Sauzon à Bangor est la plus longue, elle fait un peu plus de 30 km pour 600 m D+. C’était celle qui je redoutais le plus, n’ayant jamais fait de randonnée de plus de 22 km. Ce jour-là était en plus censé être la journée la plus chaude de la semaine, annoncée caniculaire partout en France. Ça s’est vérifié, on a eu au moins 32°C dès 10h du matin. Je suis donc partie à la fraîche, après une pause à la boulangerie pour acheter le ravitaillement du jour. Entre Sauzon et Bangor, le GR longe la côte sauvage, en passant par plusieurs lieux particulièrement beaux (et touristiques). Après cinq kilomètres, on trouve la pointe des Poulains, puis un peu plus loin, à la grotte de l’apothicaire (qui doit son nom aux nombreux nids d’oiseaux alignés régulièrement le long de ses parois, qui font penser aux pots de produits pharmaceutiques qui ornaient les échoppes des « apothicaires » d’autant). Les deux endroits sont superbes mais grouillent de monde, alors que le reste du temps, j’ai la sensation d’être (presque) seule au monde. Ensuite, le chemin traverse la réserve ornithologique. Probabilité de prendre une fiente d’oiseau sur la tête : 120% à la vue de l’état du sol… Ce jour-là, je me suis baignée à la plage du Donnant, qui est la plus imposante de l’île et un spot à surfeurs bien connu. J’ai beaucoup aimé la couleur ocre du sable à cet endroit, elle m’a fait penser à celle des plages de Quiberon.

En fin d’après-midi je suis arrivée aux aiguilles de Port Coton, non sans mal. Mes pieds me brûlaient comme jamais malgré toute la NOK dont ils étaient enduits et j’avais les genoux en compote. Le site des aiguilles est beau mais très (trop) fréquenté. Franchement, je cherche encore pourquoi tout le monde en fait tout un foin… Même si j’admets que la luminosité pourrie et la fatigue du moment ne m’ont certainement pas aidée à apprécier le lieu.

A ce moment-là de la journée, j’étais plus ou moins au bout de ma vie. J’étais partie avec 4 L d’eau et avais quasiment tout bu à 16h30. La côte sauvage est particulièrement exposée au vent, ça monte et ça descend beaucoup et surtout il n’y pas un arbre en vue sur 30 km. Entre la chaleur et l’effort, J’ai donc littéralement transpiré 4 L de sueur… Glamour hein ? Théoriquement, il me restait entre 4 et 5 km à parcourir mais je ne me voyais pas les faire avec 500 mL de flotte, par plus de 30°C, dans mon état de fatigue. J’ai donc dit au revoir à Laurent, qui s’arrêtait là, et pris le bus pour rejoindre le camping municipal de Bangor. Autant vous dire que la douche en arrivant n’était pas volée et que je l’ai savourée, tout comme la pizza que je me suis offerte un plus tard dans la soirée. En tout, cette étape m’aura pris 8h30 pauses comprises, pour 26 km et 500 m D+.

2 - Laurent marchant

2 - Phare des Poulains

2 - Sieste du midi2 - Plage du Donnant2 - Grand phare

2- Aiguilles de Port Coton 2

 

Troisième jour : de Bangor à Port Andro

Etape : 26 km, 700 m D+

Pour rejoindre Port Andro depuis Bangor, il y a 26 km et 700 m D+. Cette étape est connue comme la plus difficile à cause du dénivelé qui est plus important que lors des autres étapes.

3 - Panneau

Le chemin qui part de Bangor pour ramener sur le GR est en sous-bois, ce qui permet de rester au frais pendant 2,5 km avant d’être de nouveau en plein soleil. Je l’ai trouvé uniquement grâce aux indications du personnel du camping. Faut dire qu’il est particulièrement bien caché ! A la fin du chemin, se trouve la plage de Kérel, puis c’est de nouveau le GR. Ce matin-là, une autre randonneuse m’a rejoint. On a marché ensemble une petite heure en discutant de tout et rien, mais surtout d’écologie. C’était un bon moment, j’en suis ressortie reboostée.

Les paysages sont très escarpés le long du parcours. On marche à flanc de falaise, on descend souvent au niveau de la mer avant de tout remonter 5 m plus loin. Ça fait les jambes ! Et les fesses ! Comme les jours précédents, j’ai fait une pause baignade bien méritée, à la plage d’Herlin cette fois. A midi, je me suis assise sous le seul arbre visible à 10 km à la ronde avec un autre marcheur. Il s’appelait Erwan et c’est, je crois, ma plus jolie rencontre de ce voyage. Je l’avais dépanné la vieille quand il cherchait désespérément un pansement pour ses énormes ampoules (toujours avoir une trousse de premiers soins avec soi) (la base). On a donc déjeuné en faisant plus ample connaissance avant qu’il ne reparte en boitant, pour prendre de l’avance qu’il disait !

La seconde partie de l’étape m’a semblé facile. J’étais d’excellente humeur malgré mes pieds douloureux. Le panneau indiquant Port Maria m’a quand même fait très plaisir. Ça voulait dire ravitaillement et pause tout bientôt. Locmaria est le seul village sur le chemin pour se ravitailler. Il faut s’écarter légèrement du GR mais trouve tout ce qu’il faut. J’ai pu faire quelques courses, discuter avec les autres marcheurs et prendre une glace dans un café. Me remettre en route ensuite a été relativement douloureux même s’il ne restait que 3 km pour rejoindre Port Andro.

L’arrivée au camping fût une libération. Le temps de monter ma tente, d’enfiler mon maillot et je sautais dans les vagues ! Rien de mieux pour se rafraîchir. Je vous rassure j’ai quand même pris une douche après ! Plus tard, avec Erwan, on a partagé un pique-nique improvisé et discuté jusqu’à 22h (hyper tard dans notre univers^^). Malheureusement il a dû arrêter là son tour de Belle-Île à pieds à cause de ses ampoules et de douleurs aux chevilles.

3 - Plage de Kérel

3- Plage d'Herlin

Quatrième jour : de Port Andro au Palais

Etape : 14 km, 340 m D+

La quatrième journée a super bien commencé puisque mes voisins de camping m’ont gentiment offert un pain au chocolat tout frais avec un thé au jasmin. De quoi mettre du baume au cœur avant d’enfiler de nouveau mes chaussures de rando et de dire au revoir à Erwan.

Cette étape fût la plus courte. Elle fait un peu moins de 14 km et 340 m D+. Après les deux jours précédents, on peut prendre la faire en moonwalk ou presque ! En revanche le chemin est moins bien entretenus qu’ailleurs. Par moment, j’évoluais dans une forêt de fougères géantes. Il y a également plus de portions bitumées, ce que je trouve moins agréable. La lumière du matin était tout de même particulièrement jolie. J’en ai profité pour faire quelques photos des plages et des fleurs qui parsèment le chemin. La matinée est passée très vite, en 4h30 j’étais au Palais (pause baignade comprise). Là, j’ai pris le temps de m’offrir un très bon resto (je salive encore en y pensant), puis j’ai repris le ferry dans l’autre sens à 16h pour entamer mon trajet de retour vers Nantes.

4 - plage Port Andro4 - fleurs 3

4 - marque GR

4- chemin

4 - fougères 3

4 - Vers le Palais

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Alors partir seule, est-ce que ça vaut le coup ?

A cette question, je répondrais oui, mille fois oui. J’ai adoré cette première expérience en solo. Je me suis découverte sous un nouveau jour, encore plus indépendante que ce que je pensais. Apparemment j’ai le contact facile, alors que j’étais persuadée du contraire. J’appréhendais beaucoup la solitude, je ne me suis jamais sentie seule alors que je passais le plus clair de mon temps à marcher en solo. La marche aussi, parlons-en. En partant, je n’étais pas sûr de pouvoir terminer. Finalement, je me suis vue endurante et capable de faire de grosses étapes dans des conditions compliquées (merci la canicule). Pas de grande révélations pendant la rando par contre. Souvent on pense qu’en partant seule, on va pouvoir réfléchir à sa vie, tout ça… Bon c’est peut-être que moi, mais je n’ai pas eu le temps du tout pour ça. J’étais concentrée sur mon efforts, le lieu, les rencontres. Si révélations, il y a, c’est plutôt en rentrant chez soi. Le retour à Nantes a été douloureux les premiers jours…

J’ai tout aimé : les rencontres, marcher pendant des heures, sentir la mort comme jamais, partir avec le minimum syndical, être libre de tous mes mouvements, devoir me débrouiller toute seule, dormir dans une micro tente, faire ma lessive le soir, les paysages, sauter dans les vagues… Si c’était à refaire, je referais tout pareil à deux détails près : je n’emmènerai pas de livre (250 g qui n’ont servi à rien !) et je prendrais les coordonnées de gens avec qui j’accrocherai vraiment. Ces quatre jours me laissent des étoiles dans les yeux. Je réfléchis déjà à la prochaine randonnée que je pourrais faire !

Et vous, vous faites de la randonnée itinérante ? Vous êtes déjà partie seule ? Vous aimeriez ?