Lectures du mois de Mai

Lectures du mois de Mai

Bienvenue dans la rubrique lecture. Ici j’aimerais discuter de mes lectures du mois qui se termine, et peut-être même que Jonathan viendra parler des siennes de temps à autres. Cela me permettra de pratiquer l’exercice délicat de la critique littéraire et de garder une trace de mes lectures.

J’ai eu l’occasion de lire un peu pendant notre voyage en Écosse. Assez peu la première semaine finalement. En rentrant le soir, j’étais tellement fatiguée que je m’écroulais sur mon lit et m’endormais en moins de 2 minutes.

J’ai tout de même lu 4 livres au cours du mois de Mai : trois romans et un essai. Cette année je mets un point d’honneur à diversifier mes lectures. Les quatre livres que je vais vous présenter sont donc très différents tant en terme de style, que de thématique et de période narrative. Ils ont cependant un point commun, ils sont tous écrits par des femmes et c’est suffisamment rare pour être souligné. L’un d’entre eux est un vrai coup de cœur et un autre m’a permis d’amorcer une réflexion sur un sujet que je trouve très important. Je vous laisse les découvrir.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee ♥♥♥♥

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Résumé :

Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès.

Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Mon avis :

J’ai adoré ce roman et l’ai lu quasiment d’une traite. J’avoue m’y être intéressée seulement parce que l’auteure est décédée il y a peu et que, comme d’habitude, son livre s’est retrouvé partout. Nous suivons donc Scout, une petite fille de 8 ans dans ces péripéties avec son frère, ses amis et sa famille. On la voit évoluer pendant 3 ans et c’est à travers son regard que l’on va suivre le procès d’un homme noir accusé de viol par une femme blanche. Son père est en effet l’avocat de cet homme.  Le récit est incroyablement bien mené. Chaque élément de l’histoire sert à un moment ou un autre. La lecture est fluide et l’auteure arrive à nous faire oublier que la narratrice n’a plus 8 ans au moment où elle raconte les faits. Ce qui fait que certaines réflexions peuvent surprendre.  C’est un livre plein d’humour, une belle histoire sur l’enfance, qui en même temps renseigne très clairement sur le racisme ambiant du sud des États-Unis à l’époque et les problèmes du système judiciaire américain. Un roman que je vous conseille mille fois.

« Mais non ! Tout le monde est obligé d’apprendre ! Les bébés savent pas lire en naissant ! Walter est aussi intelligent que possible, il est seulement un peu en retard parce que son père a besoin de lui pour l’aider. Sinon il est tout à fait normal. Non, Jem, moi je pense qu’il a qu’une seule sorte de gens, les gens. »

La prison est-elle obsolète ?, Angela Davis ♥♥♥

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Résumé :

Comment et pourquoi plus de deux millions d’américains sont aujourd’hui derrière les barreaux ? Comment les entreprises font-elles profit du système carcéral ? Quels sont les mécanismes qui conduisent à criminaliser les communautés de couleur et à désaffilier politiquement de larges franges d’électeurs dans les minorités ?

Mon avis :

Angela Davis est une figure de proue des mouvements anti-raciste et féministe américain. Elle milite également pour l’abolition carcérale. Abolir la prison ? En voilà une idée qui a du mal à faire son chemin dans mon esprit tant l’institution me semble immuable et obligatoire au bon fonctionnement de nos sociétés. Après tout, c’est une bonne alternative à la peine de mort non ? Non ? Ah… En effet, dans cet essai d’une centaine de pages, Angela Davis démonte les arguments pro-prison et surtout explique en quoi ce système est en fait profondément raciste et prend ses racines dans la suite de l’esclavage et dans le louage carcéral. Certains passages historiques fond franchement froid dans le dos. Elle explique aussi comment le genre structure le système carcéral (violences sexuelles impunies en autre) et comment s’est construit le système carcéro-industriel. A la lecture, on découvre notamment que le nombre de prisons construites aux États-Unis (et donc le nombre de prisonniers) a explosé alors même que la criminalité était déjà en baisse, que la plupart d’entre elles sont gérées par des sociétés privées, que n’importe qui peut se retrouver dans une prison supermax en isolement 23 heures sur 24 peut-importe le crime commis,  que les violences faites aux prisonniers sont légions…

Je suis restée sur ma faim au dernier chapitre lorsque l’auteure aborde les alternatives abolitionnistes. Cette partie est assez succincte comparée au reste du livre. Elle donne les grandes lignes, qui selon elle, permettrait d’aller vers un désengorgement des prisons américaines. Elle explique qu’il ne faut pas rechercher une seule solution alternative à la prison mais qu’il est nécessaire de mettre en œuvre une myriade de mesures afin d’aboutir à une désincarcération et de déconstruire le lien que l’on fait aujourd’hui entre crime et châtiment. Elle parle entre autre des politiques de réconciliation.

C’est un livre que je juge d’utilité publique pour réfléchir à l’utilité de la prison, à son efficacité réelle et à pourquoi nous considérons la prison comme la norme absolue. Maintenant j’aimerais trouver d’autres sources d’informations sur le système carcéral français. A priori, le système carcéro-industriel est tout même un peu moins puissant ici par exemple, même s’il existe aussi.

« Si on supprime les prisons, par quoi alors les remplacer ? Telle est la question piège qui souvent coupe court à toute tentative de réflexion poussée sur les visées abolitionnistes. Pourquoi serait-il si difficile d’imaginer des solutions alternatives à notre système d’incarcération ? Un certain nombre de raisons expliquent notre résistance à l’idée qu’il serait possible de façonner un système de justice entièrement différent – et plus égalitaire. Premièrement nous considérons notre système pénal, avec sa dépendance démesurée à la prison, comme une norme absolue ; nous avons donc le plus grand mal à envisager d’autres solutions  pour traiter le cas des quelques deux millions de personnes actuellement incarcérées »

Un été prodigue, de Barbara Kingsolver ♥♥

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Résumé

Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de femmes. Celle de Deanna, employée par l’office des forêts, dont la solitude va être bouleversée par l’arrivée d’un jeune chasseur. Celle de Lusa, une intellectuelle qui, devenue veuve, décide de rester dans la vallée et de gagner le cœur d’une famille hostile. Celle de Nannie, enfin, dont les opinions en matière de religion ou de pesticides suscitent des querelles de voisinage.

Dans ce roman foisonnant et généreux, Barbara Kingsolver traite du thème qui lui est le plus cher – le respect de la nature – avec un charme et une grâce qui suscitent l’enthousiasme.

Mon avis

J’ai découvert ce roman dans une vidéo de Friendly Beauty. Le thème « nature » m’interpellait et je me suis laissé tenter.

Je dois avouer que j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire et il m’a bien fallu une centaine de pages pour finalement accrocher vraiment. De la même façon, les personnages ne me touchaient pas ou peu et puis, au fil du récit, j’ai senti que je m’attachais à eux. Celles qui m’intéressaient le moins, Lusa & Nannie, sont devenues celles que j’attendais avec impatience.

Au fil des pages, les trois femmes et le vieux voisin de Nannie, sont tour à tout touchants, énervants, drôles…  J’ai trouvé Nannie pleine d’humour. On les suit le temps d’un été ; on les regarde essayer de s’adapter au mieux à leur environnement.  On sent leur amour de la nature et leur envie de la protéger, de faire des différemment des autres. Les relations humaines sont également au cœur du roman puisque les trois femmes sont confrontées à l’incompréhension de leurs proches quant à leurs choix de vie et doivent composer avec leurs réactions.

Ce livre est une véritable ode à la nature et on sent  qu’il a été écrit pour traiter, entre autre, de la fragile stabilité des écosystèmes. L’histoire des différents protagonistes ne sont finalement que des prétextes pour aborder d’autres questions : l’utilisation de pesticides qui finalement augmentent la quantité d’insectes, l’importance des prédateurs, la difficulté à vivre de la terre de nos jours ou encore les ravages causés par les plantes ou les animaux importés sur la faune et la flore locale. Beaucoup d’exemples sont donnés. J’ai vraiment beaucoup appris et je trouve que ce livre fait réfléchir. En tous cas, il m’a fait remettre en cause certaines certitudes que j’avais.

En bref je vous le conseille, au moins autant pour les histoires de Deanna, Lusa et Nannie que pour les informations disséminées çà et là au cours du roman.

« La vie d’un carnivore, c’est la plus précieuse de la pyramide, ça, c’est une chose. Dans le cas d’un coyote ou d’un grand félin, la mère passe une année entière à élever ses petits. Pas simplement quelques semaines. Elle doit leur apprendre à pister à et à chasser, ainsi que tout ce qui se rapporte à cette activité. Elle aura de la chance si un seul de ses jeunes passe au travers. […] si tu lui tires dessus, Eddie, voilà ce que tu mets par terre. »

Mémé dans les orties, Aurélie Valognés

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Résumé

Ferdinand Brun, 83 ans, solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, méchant –, s’ennuie à ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pêche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la résidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd définitivement goût à la vie… jusqu’au jour où une fillette précoce et une mamie geek de 93 ans forcent littéralement sa porte, et son cœur.
Un livre drôle et rafraîchissant, bon pour le moral, et une véritable cure de bonne humeur !

Mon avis

J’ai acheté ce roman sur un coup de tête, à la gare de Lyon en rentrant d’Ecosse parce que j’avais 1h40 de train à faire et plus rien à lire. (Un drame intersidéral pour moi.) C’est un roman agréable, qui se lit facilement mais qui ne m’a pas transporté. Du tout. Sur la forme, rien à dire mais sur le fond, j’ai vraiment eu l’impression de lire deux fois le même roman. En effet, l’intrigue m’a fait penser très fort à Ma grand-mère vous passe le bonjour de Fredrick Backman ou encore au livre Le vieux qui ne voulait pas souhaiter son anniversaire de Jonas Jonasson. On y retrouve le même petit vieux un peu (beaucoup) aigri, haut en couleurs et qui n’aime vraiment que sa chienne Daisy.  Le même type de rencontre avec un ou plusieurs personnages, ici une petite fille surdouée et une mamie de plus de 90 ans hyper-moderne, qui vont l’aider à changer et à s’ouvrir aux autres. Les personnages sont touchants et certains dialogues vraiment drôles. Mais à choisir je préfère les deux livres précédemment cités. Ce roman ne restera donc pas dans ma bibliothèque.

 «

– Non mais qu’est-ce que tu fais, là ? Je rêve ! Sors de chez moi, gamine. Illico !

-Si je peux me permettre, vous avez une tête d’œuf de Pâques ! Moi, si je devais me suicider, je ne me jetterais pas sous un bus. Trop de risques de se rater, non ?

La mâchoire de Ferdinand s’apprête à lâcher quand la petite enchaîne :

-J’ai apporté des pâtes de fruits. Je me suis dit que ça nous ferait un dessert. Je parie que vous n’avez rien dans votre frigo.

Elle se lève et ponctue son inspection rapide d’un « bingo ! ».  »

Et vous, qu’avez-vous lu ce mois-ci? Un de ces livres vous intéresse-t-il?