Comment j’ai appris à mieux dépenser mon temps

Lors de l’une de nos discussions de fin de journée (entre le sport et le dodo), Gwen m’a fait découvrir un concept qui m’a laissé intensément perplexe : le speed-watching. Ce terme, à l’instar de son cousin, le speed-reading, consiste à regarder un épisode d’une série, de manière légèrement accéléré, environ 30% plus rapide. De cette manière, les voix ne sont pas trop déformées et les temps morts sont accélérés. Si, comme moi, vous vous écriez « MAIS POURQUOIIIII BORDEL !? », cette technique est employée pour augmenter la consommation de contenu sur une durée plus courte et ainsi être à jour sur les séries tendance du moment. … … … Bordel, indeed. Les jeunes, ils savent plus prendre le temps de rien … #papifaitdelarésistance. Alors j’ai commencé à me documenter sur le sujet et je me suis vite rendu compte que ce comportement était symptomatique de notre société. Tout est devenu objet de consommation. Qu’il s’agisse de films/séries, mais aussi de vidéo Youtube, de photographies, de vêtements, même de relations sociales, nous consommons à outrance, souvent au détriment de la qualité. Mais dans cette frénésie, ce que nous consommons vraiment, c’est notre temps.

Le temps n’a pas de valeur monétaire, mais c’est pourtant ce que nous avons de plus précieux. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes (a priori) seul maitre de la manière dont nous l’utilisons. La mauvaise, c’est qu’on est nul à ce jeu, et que cela risque bien de nous faire rater le train du bonheur.

Société et rapport au temps

Prenons une journée classique. 24 heures, 1440 minutes. Cette quantité est la même pour tous. Nous consommons notre temps en effectuant diverses actions : travail, tâches ménagères, hobbies, etc. Certaines de ces actions sont entièrement dépendantes de nous, comme le temps passer à dormir ou à lire un livre, d’autres, non, comme le temps d’attente à la poste. Le temps social, à la différence temps physique (autre sujet passionnant), est donc énormément dépendant de l’organisation de la société. De la même manière que son organisation a évolué ce dernier siècle, notre façon de gérer et d’appréhender notre temps aussi (connu sous le terme rapport au temps).

La technologie et Internet aidants, tout s’est trouvé accéléré. L’accès à l’information a été largement facilité, les entreprises ont augmenté leur production pour suivre la demande du marché, l’individu s’est mis en mouvement, créant, consommant. Depuis un siècle, nous passons d’un modèle où l’entreprise imposait un rythme à l’individu notamment par des horaires fixes d’arrivée et de départ du travail, des temps d’action long, à un modèle où l’individu redevient maitre de son temps, grâce à la réduction du temps de travail, de la mise en place d’horaires flexibles, et par des temps d’action beaucoup plus courts (conséquences de l’amélioration technologique).  Mais avons-nous réellement plus de maitrise sur notre temps ? Etes-vous pleinement responsable de l’ensemble de vos activités durant la journée ? Du temps vous est-il volé ? Oui, volé n’ayons pas peur des mots !

Au fil de la journée de petits événements surviennent discrètement, comme un coup de fil imprévu, un-e collègue vient vous demander une information ou vous montrer ses photos de vacances, une feuille de papier disparaît de votre bureau encombré, une informatique capricieuse, etc. De petites choses qui mises bout à bout aspire notre temps sans qu’on s’en aperçoive, parsemée par cette multitude d’interruptions. La journée passe, et nous ne savons même plus dire ce que nous avons fait de notre journée. Nous nous pensons débordés. Mais n’est-ce pas simplement qu’une mauvaise gestion de notre temps ?

Quel est selon vous le pire voleur de temps ? À choisir, je décernerais la palme d’or à mon smartphone.

Quelques chiffres : 65% des français possèdent un smartphone en 2016. Nous passons en moyenne 1h16 par jour pour consulter les réseaux sociaux et 18h par semaine sur Internet, et cette utilisation se fait maintenant principalement sur appareil mobile.

Instagram, Facebook, messages… mon téléphone n’est jamais bien loin, et le besoin de vérifier qu’une nouvelle alerte n’est pas apparue se fait pressant. Et bien évidemment, si c’est effectivement le cas, ce n’est pas quelque chose à remettre à plus tard, il FAUT que je m’en occupe. C’est une véritable addiction. Et le problème avec ce petit objet, c’est qu’il m’est indispensable professionnellement parlant. C’est l’un des outils principaux qui nous permet d’introduire de la flexibilité dans notre travail. Mais du coup, ça en devient aussi une grande source de stress s’il est mal géré, car nous devenons tout le temps disponible, et donc dérangé.

Dans cette société qui va de plus en plus vite et qui n’attend pas, il nous est demandé d’être flexibles, dynamiques et performants, au détriment de notre temps personnel. Est-ce vraiment la voie vers une société heureuse ? Parce qu’on est bien d’accord que c’est quand même ça l’objectif, nan ? Être plus heureux, le bonheur, tout ça ? Alors comment faire pour reprendre un peu le contrôle, dans cette course contre la montre ?

Mon rapport au temps

La gestion du temps n’est vraiment pas mon fort. Je suis plutôt un adepte de la méthode « Dernière minute » (ce qui a tendance à rendre Gwen un peu folle XD). J’ai toujours pensé que cela ne m’était pas préjudiciable. Que bon an mal an, j’arrivais à obtenir ou faire ce que je voulais. Mais en étudiant la question du rapport au temps et du bonheur, je me suis rendu compte de combien j’avais tort.

J’ai d’abord pris conscience du stress que je me générais en comptant uniquement sur ma mémoire pour planifier mon temps, que cela soit pour la journée, ou bien des tâches à effectuer sans date précise. Le fait est que la mémoire, et particulièrement la mienne, n’est pas fiable. On remet d’abord à plus tard, puis on oublie, on se rappelle et OH MERDE C’EST DANS 10 MINUTES !! +5 niveau de stress. Et les personnes autour de moi subissent aussi ce manque d’anticipation. Soit parce que le travail n’est pas rendu dans les temps, soit parce que le manque de planification rend les choses ingérables.

Cela fait bien sûr un moment que je me dis que je devrais faire plus d’efforts, « que j’arrête de remettre tout au lendemain, qu’il fallait que je reprenne les rennes et que je bannisse la procrastina… OOOH la belle vidéo Youtube !! »… #epicfail, encore du temps de gâché. C’était décidé, il fallait que ça change. Mais alors comment faire pour éviter de retomber dans le piège ? J’avais besoin d’un assistant : mon smartphone, et une bonne application de calendrier #geek. J’ai préféré utilisé cette méthode plutôt qu’un agenda papier, principalement parce que mon smartphone est déjà dans ma poche en permanence, et je le regarde souvent. L’effort à faire était donc limité. Et ça tombe bien car la fainéantise est ma meilleure amie. Pour la suite de cet article, et pour plus de facilité, j’appellerai mon smartphone Alfred, parce que I’M BATMAAN ! … Non, je n’ai pas honte.

Tout d’abord, un petit lifting : Alfred est mon assistant de procrastination. Le problème est que toutes les applications (notamment celles des réseaux sociaux) peuvent se retrouver sur l’écran d’accueil, à un coup de pouce. Rien de pire pour détourner votre attention. J’ai donc tout enlevé, pour ne laisser que l’indispensable : ma musique (faut pas déconner non plus), mes applications pour la photographie, le téléphone et la messagerie, parce que quand même, c’est fait pour ça à la base, et, sur la moitié de l’écran, mon calendrier et mes tâches. Tout le reste est accessible en quelques secondes, mais il faut que j’aille le chercher par moi-même. L’idée, comme en minimalisme, est d’épurer ce qui tombe dans le champ de vision. De cette manière, on clarifie les pensées et on limite la distraction.

Une fois Alfred configuré, il faut remplir le calendrier. J’y note tout ce que je peux, que cela me concerne ou non. C’est ma seconde mémoire. Anniversaires, dates d’entretiens (pour moi ou d’autres personnes), rendez-vous, mais aussi activités prévues, rappels pour les prises de rendez-vous, vacances, notes…bref, tout ce que je peux potentiellement oublier de faire. Tous ces événements sont organisés avec un code couleur pour plus de lisibilité. Par exemple, toutes les tâches à effectuer sont en rouge, les rendez-vous médicaux sont en jaune, les vacances et séjours en orange, etc… Ce code est vraiment personnel, une couleur peut en remplacer une autre. Au-delà du respect de ce code couleur, je ne me suis posé qu’une seule règle : NOTER IMMEDIATEMENT ! Pas dans 5 minutes, pas après la pause dèj, nan ! Tout de suite ! Impossible d’oublier comme ça. Et si ça peut se faire en 5 minutes, je le fais tout de suite.

Autre point de tourmente pour moi : les temps morts ! Oui, c’est paradoxal, mais un temps sans aucune activité de prévue est une véritable angoisse ! L’orage qui règne sous mon crâne à ces moment-là est assourdissant, voire paralysant. Impossible de prendre une décision : faire de la guitare ? de la photo ? Lire l’un des 30 livres de ma PAL ? Tout me semble trop long, ou pas assez stimulant, ou demande trop d’efforts. Mon cerveau panique (NB : Mon cerveau, pas moi. Tentative de rejet de responsabilité, à ajouter à la liste des points à améliorer), et je me retrouve devant une série sans intérêt, plus à attendre que le temps passe qu’à me concentrer vraiment sur ce que je suis en train de regarder. Ce point est un peu plus délicat à traiter, car il vient uniquement de moi, pas d’un objet extérieur de distraction. Dans son livre Le nouvel art du temps, Jean-Louis Servan-Schreiber parle des différents temps qui rythment nos vies personnelles. Il en recense quatorze, parmi lesquels on trouve le temps du corps, le temps du repos ou encore le temps d’apprendre. Pour chacun, on peut définir un objectif et un délai pour y arriver. Je tente de garder ce découpage en tête dès que je dois remplir mon planning, en variant les activités pour remplir mes objectifs Si un temps mort survient, je peux simplement me consacrer à l’un de ses temps, et je sais que cela me sera bénéfique quoi qu’il arrive. Je ne suis encore qu’au début de cette petite expérimentation mais ça semble fonctionner, et l’angoisse des temps mort devient de plus en plus rare.

Semer des graviers

Il y a quelques années, j’ai rencontré une personne qui est maintenant une amie très chère. Elle m’a fasciné car elle avait un rapport au temps complètement différent du mien. La principale raison ? Elle n’a pas de smartphone. Nous ne vivons pas dans la même ville, du coup, nous avons commencé par communiquer par mail. J’ai tout de suite ressenti une grande frustration, car je devais attendre ses réponses pendant des semaines. Quand je lui ai fait part de cela, elle m’a expliqué qu’elle me répondrait quand elle pourrait réellement prendre du temps de le faire et ainsi être pleinement concentrée sur ce qu’elle m’écrirait. Elle ne voulait pas écrire sur un coin de table, et passer à côté de l’instant. Cela m’a renvoyé à mon propre rapport au temps. J’ai commencé doucement à me rendre compte que je pouvais passer à côté de beaucoup de moment de joie pour pouvoir suivre ce rythme infernal qu’on tente de nous imposer.

Dans son livre Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne, Antoine Paje nomme ces personnes des semeurs de graviers. Il s’agit de personne qui croisent votre chemin, pour y semer une idée, qui germera pour vous rendre meilleur. Mais si on n’y prête pas attention, nous pouvons passer toute notre vie à côté de ces petits graviers. Je suis heureux d’avoir découvert celui-ci. Après quelques mois d’expérimentation, ma gestion du temps s’est améliorée, même s’il me reste beaucoup de travail encore (comme écrire mes articles pour le blog en temps et en heure par exemple…). Le fait de mieux organiser mon temps permet de me soulager d’un grand poids et de me dégager l’esprit pour d’autres choses. J’ai pu me plonger un peu plus dans la littérature, être plus assidu dans le sport, et je compte bien me dégager du temps pour la méditation également. Je me sens plus léger, et plus en contrôle. Prêt pour m’attaquer à la quête du bonheur et de la joie.

J’espère que cet article pourra vous apporter quelque chose. Merci d’avoir pris un peu de temps pour me lire. Et la prochaine fois que vous vous retrouvez devant une vidéo de chat sur Internet, demandez-vous si cela vaut vraiment votre temps…

 

Et vous, quelles sont vos astuces pour mieux dépenser votre temps ?

 

5 réflexions au sujet de « Comment j’ai appris à mieux dépenser mon temps »

  • 7 juillet 2017 à 15 h 39 min
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    Bjr
    Sujet très intéressant! Je n’ai pas non plus de smartphone ni de portable au grand dam de mon entourage. Peut-être que si j’avais un enfant j’en trouverai l’utilité. Je dois faire partie des rares personnes qui envoie encore des cartes de voeux. Je n’ai plus de tv depuis plusieurs années sauf que je l’avais remplacé par FB et j’y passais un temps fou, au réveil, au retour du travail… et j’avais l’impression de n’avoir rien fait de la journée et le wek-end hormis le travail de la semaine
    . Depuis le lendemain des présidentielles j’ai délaissé FB, je n’ai jamais été fan d’instagram, ni les chaines Youtube de la plupart des blogueurs…etc et je revis. Depuis je passe bcp de temps à lire ou à flanner dans notre belle capitale, à être dispo pour d’autres et c’est vraiment chouette. J’ai aussi prévu de me remettre au sport à la rentrée. J’hésite à supprimer définitivement mon compte Fb car le pb est que maintenant c’est devenu on dirait le seul moyen aux assos pour communiquer entre bénévoles pour des actions et certains amis.

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    • 7 juillet 2017 à 17 h 05 min
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      Merci pour ton message ! C’est vrai qu’on peut se perdre très facilement dans le piège des réseaux sociaux. Comme tu le dis, ils sont utiles, ils faut cependant s’imposer des règles pour ne pas se perdre dans leur méandres. Pour ce qui est de l’organisation du temps, il y a le bullet journal pour ne pas utiliser le Smartphone, ou un bon vieil agenda. Mais le premier à un côté créatif hyper gratifiant ☺️

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      • 8 juillet 2017 à 11 h 03 min
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        Bjr,
        Je travaille dans une crèche et je ne suis pas responsable donc je n’ai pas les pb de rdv, ou d’autres choses liés au travail. Pour les rdv importants soit j’utilise le système calendrier ou sinon la fonction agenda de mon ordi. J’essaie au maximum de me simplifier la vie même si cela donne l’image de vivre hors de son temps.

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        • 8 juillet 2017 à 19 h 22 min
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          Je peux comprendre ça. Ne serait-ce quand j’oublie mon téléphone à la maison le matin. Y’a un moment de panique initial, puis finalement, j’arrête d’y penser, et j’ai une sensation d’être hors du monde, comme sur le bord d’une autoroute à regarder les voitures passer

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