Pourquoi réduire nos déchets ? #1

Pourquoi réduire nos déchets ? #1

Suite à notre dossier sur le minimalisme, j’ai eu envie de vous parler du mouvement « zéro déchets » (et essayer de vous motiver à vous lancer dans l’aventure). En effet, pour moi, les deux sujets sont intimement liés. Quoi de mieux alors que de commencer par un article expliquant pourquoi réduire nos déchets ?

Pour la rédaction de cette série d’articles, j’ai du lire beaucoup de documents différents (et y passer un temps fou !). J’ai donc appris énormément de chose. Si vous souhaitez plus d’infos ou approfondir un sujet, la bibliographie est disponible à la fin de chaque article.

J’étais partie pour faire un seul article mais à force d’ajouter des données plus ou moins techniques, je me suis dit que ça allait être illisible. Il y aura donc 2 articles sur le sujet. Vous êtes ravie j’en suis sûr ! Prenez vous un thé ou un café pour la lecture. 😉

Et allons-y.

Gros plan sur la production de déchets annuelle

En 2012, en France, nous avons généré 345 millions de tonnes de déchets au global, dont 11,3 Mt de déchets dangereux. Rapporté à la population, cela correspond à 5,3 tonnes par habitant. Là-dedans, il y a :

  • 247 Mt de déchets pour les secteurs de la construction
  • 64 Mt de déchets liés aux activités économiques (production agricole, entreprises, activités de soin…)
  • 30 Mt de déchets ménagers
  • 4 Mt pour les collectivités

En tant que particuliers, nous sommes directement concernés par les déchets ménagers, soit 30 millions de tonnes par an environ. C’est sur cette masse là que nous pouvons agir en modifiant notre façon de consommer, mais ça, ce sera l’objet d’un prochain article. 😉

Chaque français produit environ 458 kg de déchets ménagers par an (chiffre de 2012). C’est deux fois plus qu’il y a 40 ans ! Ces 458 kg sont répartis en deux grandes parties : 279 kg de déchets ménagers (notre poubelle grise et nos bac à recyclage donc) et 179 kg de déchets divers qui terminent à la déchetterie (huile de vidange, vélo cassé, robot de cuisine foutu…). Personnellement je trouve ça énorme !

La composition des ordures ménagères n’a pas beaucoup changé entre 1993 et aujourd’hui, en dehors de la forte augmentation des textiles dits sanitaires (les couches, les serviettes hygiéniques et les lingettes quoi). Il y en tout de même pour 34kg par an par personne ! La bonne nouvelle c’est que la toxicité globale de nos poubelles semble avoir diminué. L’ADEME attribue cela à de meilleurs systèmes de collecte des déchets dangereux et une meilleure conception des produits à la base. On dit merci à l’éco-conception et au durcissement des normes.

Tous ces déchets ont un impact direct sur nous, notre environnement et même nos portefeuilles. Il y a donc plein de bonnes raisons pour travailler à la source et réduire nos déchets. Comme le dit la maxime, le meilleur déchet reste celui que l’on ne produit pas.

Diminuer la pression sur les ressources naturelles

Tout le monde le sait, les pays occidentaux consomment trop de matières premières. Chaque année, nous atteignons le moment où les ressources naturelles sont épuisées de plus en plus tôt. L’année dernière c’était le 8 aout et je suis prête à parier que cette année ce sera en juillet ! On « vit à crédit », on le sait et on ne fait rien (ou pas grand-chose) pour le changer.

En France, on utilise 784 millions de tonnes de matières premières pour le fonctionnement de notre économie, dont 59% sont non-renouvelables. Ce qui fait la bagatelle de 12 tonnes de matériaux par personne par an.

A titre d’exemples, voici la quantité de matériaux nécessaires pour la fabrication, l’utilisation puis l’élimination de quelques objets qui font notre quotidien :

  • une brosse à dent : 1,5 kg
  • un téléphone portable : 75 kg
  • une puce électronique de 0.09 g : 20 kg
  • un ordinateur : 1500 kg
  • 1 Kg d’aluminium utilisable : 5 Kg
  • 1 alliance de 5g en or : 2000 Kg
  • un jean : 32 kg + 8 000 litres d’eau
  • une voiture : 70 tonnes
  • un litre de jus d’orange = 100 kg

Impressionnant n’est-ce pas ? Personnellement ça me fait carrément reconsidérer mes achats. Je préfère réparer mon PC en changeant sa batterie et un disque dur plutôt que de le jeter pour en acheter un neuf. De cette façon, j’évite de prélever 1500 kg de matériaux. Sinon, je me tourne le plus possible vers des objets d’occasion, ça évite de devoir consommer des ressources pour quelque chose qui existe déjà.

Le suremballage, le tout jetable (gobelets, assiettes en plastique…), les achats neufs tout le temps et la surconsommation de biens matériels, c’est du gâchis de ressources, que nous n’avons même pas (et j’ajouterais bien que nous les volons à d’autres pays mais on risque de me dire que je suis trop extrême) !

On a beau avoir connaissance d’un pic pétrolier, on continue de gaspiller l’or noir pourtant si important pour le bon fonctionnement de nos sociétés, juste par flemme de laver des assiettes…

Le pire c’est que tout jeter à tout va nous coûte une petite fortune, même si on ne s’en rend pas très bien compte à notre échelle.

Diminuer les coûts liés au traitement des déchets

crédit image : https://www.quechoisir.org/actualite-dechets-menagers-baisse-des-couts-unilaterale-n2209/

Les dépenses liées à la gestion des déchets sont le premier poste de dépense de protection de l’environnement, avec 16,7 milliards d’euros de gestion en 2013. Ces dépenses sont en constantes augmentation : +5% tous les ans depuis 1990. D’après l’ADEME, c’est en partie du à l’augmentation régulière du volume de déchets à traiter et ce, malgré les campagnes de sensibilisation menées par l’agence depuis 2009. Vous savez, le fameux slogan « Réduisons vite nos déchets, ça déborde ». L’augmentation du coup du traitement des déchets traduirait également les efforts d’investissements dans des moyens de collecte et de traitement permettant de réduire l’impact de ces structures sur l’environnement.

Pour payer tout ça, les collectivités locales perçoivent :

  • Les dons des éco-organismes (eco-emballage…)
  • Les aides publiques et les subventions
  • Les recettes issues de la vente d’énergie ou de la vente de matériaux issus du recyclage ou du compostage
  • Nos impôts (bah oui !)

Une fois retirées toutes les aides, il reste à payer 89€ par habitant. C’est là que l’on intervient. Il existe deux types de taxes :

  • La taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), qui est basée sur le foncier et pas du tout sur le service rendu. Elle ne tient pas compte du nombre d’habitants dans le logement et il faut la payer même si on ne produit pas de déchets !
  • La redevance d’enlèvement des ordures ménagères (REOM), qui elle, est beaucoup plus logique puisque basée sur la quantité d’ordures ramassées. Le principe le plus retenu est celui d’une facturation en fonction du nombre des levées/ dépôts ou au poids. En 2016, 4,5 millions de personnes étaient concernées, surtout dans l’ouest et l’est de la France. Ces systèmes ont le vent en poupe et se développent de plus en plus. Ils ont montré qu’ils permettent réellement de réduire les ordures ménagères. Beaucoup craignent de trouver des poubelles abandonnées suite à l’instauration de mesures incitatives. Cela arrive évidemment (il y a des c*** partout^^), mais d’après l’ADEME, cela reste anecdotique.

Je ne sais pas vous, mais 16.7 milliards d’euros je trouve que ça fait beaucoup pour des ordures et si j’avais le choix, j’aimerais autant que les collectivités en réinjectent tout ou partie dans l’éducation, les associations, les infrastructures (médiathèques, terrains de sport…) ou l’action sociale (crèches…) par exemple. Réduire nos déchets pourrait permettre ça.

A titre personnel, nous avons fait pas mal d’économies en adoptant les principes du (presque) zéro déchet. J’en parlerais dans un autre billet, sinon celui-ci sera interminable. (ou l’art de faire du teasing haha !)

Réduire nos déchets : un objectif collectif

Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie

En 2015, la loi de transition énergétique pour la croissance verte a défini des objectifs globaux à atteindre pour la prévention et la gestion des déchets :

  • Réduire de 10 % les déchets ménagers (2020) ;
  • Réduire de 50 % les déchets admis en installations de stockage (2025) ;
  • Porter à 65 % les tonnages orientés vers le recyclage ou la valorisation organique (2025) ;
  • Recycler 70 % des déchets du BTP (2020).

Pour atteindre les deux premiers, le plus simple reste encore d’agir à la source en réduisant nos déchets. D’ailleurs, le ministère de l’environnement à démarré plusieurs projets «  Territoires zéro déchets, zéro gaspillage » depuis 2014. Plusieurs millions de personnes se sont donc lancé le challenge de réduire la taille de leurs poubelles d’au moins 10%. Pour les aider à atteindre leurs objectifs, les collectivités peuvent mettre en place la collecte des biodechets (toutes nos épluchures et environ 25% de nos poubelles !), promouvoir l’économie circulaire et animer des ateliers pour réduire le gaspillage, donner une seconde vie aux choses quand c’est possible et recycler tout ce qui peut l’être.

La ville de Roubaix a un programme de ce type : Roubaix zéro déchet. Je trouve ça vraiment bien, parce que le zéro déchet, au-delà des actions que l’on peut faire à titre individuel, doit être porté par les collectivités et les décideurs en général. Sans quoi rien ne bougera à grande échelle.

Et ensuite ?

C’est déjà la fin de ce premier article. Je l’ai voulu le plus objectif et précis possible, comme le suivant d’ailleurs. J’espère que vous aurez appris des choses et que ça vous intéressera autant que moi. Dans le second article, je reviendrais sur la gestion des déchets ménagers en France en particulier, des différentes méthodes qui existent pour les traiter et de tout ce que cela implique.

Que pensez-vous de tout ça ? Essayez-vous déjà de diminuer vos déchets ?

Bibliographie

Le rapport complet de l’ADEME en 2016 : http://www.ademe.fr/dechets-chiffres-cles

http://www.planetoscope.com/dechets/614-production-de-dechets-en-france.html

https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-22241-chiffres-cles-dechets.pdf

Loi de transition énergétique pour la croissance verte : http://www.developpement-durable.gouv.fr/loi-transition-energetique-croissance-verte